L'avion se posa au sol dans un vacarme métallique. Étonnamment, il fut plus délicat que le sous entendait son bruit. Tant mieux, je n'avais pas à rassurer mon meilleur ami, Andy, que l'on atterrirait dans d'excellentes conditions.
J'humais l'air d'Allemagne avec un plaisir que je n'aurai jamais soupçonné. Lui, ne brûlait pas les poumons avec violence. Lui, était si familier qu'il en devenait rassurant. Lui, m'envoyait immédiatement la plus douce vision qu'il soit ... Son visage. Même s'il m'avait hanté durant tout mon séjour en Australie – merveilleuse contrée que voilà – sa présence était renforcée par le retour au pays. Dans une bonne poignée de minutes, je le retrouverai. C'en était de trop. Une trop longue attente pour un c½ur aussi impatient que le mien. Plongeant ma main dans ma poche, j'en retirai mon portable sous le regard éclairé de Gustav :
« Merde oui bonne idée !
- Lylla va me tuer ..., murmura Andy en se précipitant dans son sac »
Et voilà qu'on était tous planté dans le hall de l'aéroport avec nos mobiles collé à nos oreilles. Sauf Georg, il n'avait plus de batterie le pauvre ...
Nous étions tous En couple –. Gustav avait fait la connaissance de sa future en premier, et, même si avant je me moquais de leur regards langoureux débordants de sentiments, je n'osais plus à présent. Une fois qu'on y a gouté, on ne désire plus s'en séparer... Oui, je suis amoureux, amoureux de la voix qui résonne à l'autre bout du fil :
« Pas là. Pas là. Pas là ... Tant pis pour toi ! Laisse-moi tes pensées, je les écouterai à mon retour ! »
Ce n'était que le répondeur. Et même s'il apportait à mon muscle cardiaque une accélération notable, la réalité restait sans doute la meilleure chose qu'il puisse m'arriver. Cependant, je me questionnais ... Depuis hier soir, on ne m'offrait même pas les tonalités. Directement, son annonce vocale m'accueillait avec une joie de vivre déconcertante. Il devait encore avoir cassé – ou perdu – son téléphone.
Il changeait de mobile à des intervalles réguliers de deux semaines. Maladroite et tête en l'air, il ne parvenait pas à leur assurer une longévité digne de ce nom. Ce qui avait pour conséquence qu'il prenait constamment un nouveau numéro, et que j'avais une bonne vingtaine de Bill dans mon répertoire, tous avec des surnoms différents pour ne pas m'emmêler. Le dernier en date était « Celui que j'aimerai éternellement ».
J'avoue, j'aurai pu trouver mieux, mais j'avais épuisé mes stocks de surnoms affectueux – accessoirement débiles - après l'avoir nommé « Billy » « Billou » « Billounette » ... Il n'empêchait que j'étais inquiet.
Andy était le garçon qui me connaissait le mieux, qui connaissait le Tom amoureux pourrait-on dire. Ainsi, il devina parfaitement que quelque chose me tracassait quand il entrevit mes iris chocolat dénués d'éclat :
« Hey Tomichou, Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Je ... c'est Bill, avouai-je facilement. Me confier à lui était la chose la plus évidente à mes yeux.
- T'as pu le joindre ?
- Négatif.
- On parie combien qu'il à encore perdu son portable ?
- Mouais ..., soufflai-je, même si sa remarque m'arracha un sourire.
- Non moi je dis qu'il se l'est fait volé cette fois ! déclara Georg en s'immisçant dans notre conversation. »
Ils étaient chers à mon c½ur, à mon être. Indispensable à ma vie, tous autant que les autres. Sans eux, mes amis, je ne serai pas le gars bien que je suis devenu ... Enfin, je ne suis pas si sûr d'être bien. J'étais trop pensif.
Soudain Andy, brusque, me colla une gigantesque claque dans le dos accompagné de son rire de phoque – vraiment hilarant :
« - Allez Mec, sourit un peu, tu vas pouvoir lui montrer ton super bronzage revenu du pays des kangourous !
- Ah ouais ! acquiesçai-je immédiatement, certaine qu'il serait vert de jalousie. Bon Andy t'arrête d'être pensif là faut y aller ! »
Je traçai alors – et les laissais porter les valises. Après avoir franchis les portes coulissantes, les doigts frais de l'astre solaire caressèrent ma peau brunie par mon séjour. Quelle agréable sensation, comparable au touché d'un ange. Un ange que j'avais connu il y a une demi-douzaine de mois de cela.
C'était incroyable comme chaque détail de la nature me renvoyait à Lui. Ça en devenait presque malsain, car, je m'oubliais complètement et me contentais de le rendre heureux. Et voilà, mon esprit était obnubilé par cet éclat grandiose, mon amoureux, qui avait relancé mon existence.
Le soleil, aussi feignant que moi, grimpait difficilement au sommet de la voute pâle. Les rues de la capitale n'étaient pas très alimentées en présence, ce qui nous contentait amplement. Les Tokio Hotel était connus, nous avions du mal à passer inaperçu quand nous croisions des jeunes filles aux hormones actives. Le bruit sourd d'une valise trainée au sol m'alerta de l'arrivée de mes amis, et c'est avec une lenteur exagérée – je faisais tout pour les frustrer – que je me dirigeais vers l'auto grise au vitre fumées, pour m'allonger sur la banquette arrière.
C'était sans compter sur cette intervention. Elle brisa ma vie.
Il y a un journal, Zeitung von Berlin, qui est distribué gratuitement dans les allées de Berlin. Il n'est pas très fameux, mais c'est grâce à ce papier gris que nous nous sommes adressé la parole Bill et moi. Où plutôt on s'écrivait par l'intermédiaire du journal ... Qu'elle ironie. Qu'elle ironie !
On me le plaqua contre le torse d'un geste violent. Je me stoppai net. J'aurai pu le laisser tomber, chuter disgracieusement sur le sol anormalement propre de l'allée pavée. J'aurai pu passer mon chemin et redécouvrir « celui que j'aimerai éternellement », mais la pitié empreinte sur le visage tout entier de l'employé m'en dissuada. J'empoignais fermement l'amas de feuilles ternes, et entendit l'ultime mouvement de mon c½ur.